Les compagnies d’assurance qui fonctionnent selon le modèle mutualiste sont en train de changer de stratégie. Elles regardent de plus en plus vers le secteur de la réassurance. La réassurance est une activité financière qui consiste à assurer les assureurs eux-mêmes. Ce mouvement est très important et il est motivé par la hausse des risques et le besoin de diversification.
La nécessité de gérer les risques face aux prix qui augmentent
En réalité, les assureurs mutualistes comme la Macif prennent cette direction pour plusieurs raisons importantes. La première raison est la forte hausse des risques climatiques. Ces risques créent plus de dégâts et de sinistres. Par conséquent les grands réassureurs internationaux comme Swiss Re ou Munich Re ont fortement augmenté leurs prix. Cette augmentation des prix est très importante et elle met les assureurs traditionnels sous pression financière. Monsieur Nicolas Bouffard le directeur délégué de la Macif a d’ailleurs confirmé cette tendance.
« Très concrètement, sur le plan des tarifs, nous avons observé des augmentations de plus de 50 % sur la partie climatique, et de 10 % à 30 % sur les autres périls » souligne t-il. De plus les réassureurs ont commencé à refuser d’assurer certains risques spécifiques. C’est le cas par exemple pour la sécheresse. La sécheresse est pourtant un danger très important pour les assureurs français. Monsieur Christophe Valero directeur de la réassurance de la Macif a expliqué ce phénomène.Il a noté que « les réassureurs se sont complètement désengagés de la sécheresse, qui est un des périls les plus importants auxquels on est exposé aujourd’hui ».
Face à cette situation la Macif a décidé de créer sa propre compagnie de réassurance. Elle l’a nommée M Réassurance et l’a installée au Luxembourg. Cette initiative permet à l’assureur de mieux se protéger contre les problèmes futurs. Elle lui donne un moyen d’amortir ses charges dans le temps. Par ailleurs, Monsieur Jean-Philippe Dogneton le directeur général de la Macif a précisé : « Le grand enjeu, c’est comment un assureur aujourd’hui peut trouver les moyens d’amortir ou de lisser ses charges dans le temps ». De même, d’autres mutuelles suivent cet exemple pour se protéger. L’assureur mutualiste Aréas a aussi créé une filiale de réassurance. La Maif et la Matmut regardent le sujet avec beaucoup d’attention.
La diversification comme stratégie pour être plus solide
L’autre grand objectif des assureurs mutualistes est la diversification de leurs risques et de leurs revenus. Les mutuelles ne possèdent pas d’actionnaires à payer. Elles accumulent donc des réserves financières importantes au fil des années. Ces réserves permettent de réaliser des opérations stratégiques. C’est la raison pour laquelle certains groupes mutualistes choisissent de racheter des réassureurs existants. Racheter un réassureur permet de se diversifier immédiatement à l’échelle mondiale. L’exemple de Covéa est très parlant. Ce groupe qui regroupe la MAAF la GMF et la MMA a racheté le réassureur Partner Re qui était basé aux Bermudes. Monsieur Thierry Francq directeur général délégué de Covéa a justifié cette opération. Il a expliqué : « Nos mutuelles sont concentrées sur la France. Acquérir un réassureur présente l’avantage de diversifier les risques immédiatement sur l’ensemble de la planète ». Cette diversification est très bonne pour leur solidité financière. Elle permet de compenser les cycles financiers.
Quand les assurances directes sont en difficulté les revenus de la réassurance peuvent être bons. Cette stratégie renforce donc leur modèle. Le consortium formé par les groupes SMABTP et MACSF a lui aussi racheté le réassureur français Arundo Re. Le groupe SMABTP est spécialisé dans l’assurance pour le bâtiment et la construction. Ce secteur présente des risques très spécifiques. Le rachat de réassurance permet d’équilibrer ces risques spécialisés avec des risques mondiaux plus variés. Monsieur Pierre Esparbes le directeur général de SMABTP a mis en avant le bénéfice de cette stratégie. « Pour nous, cela présente l’avantage de permettre une diversification des revenus, et donc de garder notre logique mutualiste très forte auprès de nos sociétaires », a-t-il indiqué.
